Ranimer une piste abandonnée – Lac Nilgaut

Ranimer une piste abandonnée – Lac Nilgaut

Le Canada est vaste et magnifique, surtout avec notre vue panoramique du haut des airs. L’une des premières choses qui m’a le plus épatées quand j’ai commencée à voler (et à m’éloigner de mon aérodrome de départ) fût la quantité impressionnante d’étendue d’eau (rivières et lacs confondus). Nous avons une belle variété d’aérodromes pour poser nos roues, mais malheureusement, plusieurs des pistes, pour différentes raisons, sont abandonnées.

Il y a quelques années, j’avais entendu parler d’une piste au sud du Lac Nilgaut d’un collègue pilote qui l’avait visité en ultra-léger. Celle-ci n’étant pas indiquée sur les cartes aéronautiques, il m’en avait parlé positivement en me donnant les coordonnées pour la repérer. Le temps a passé sans que je trouve l’opportunité pour aller y faire une virée.

Août 2020, survol et passe basse en Cessna 170.

En 2020, l’engouement pour cette piste de 3000′ en gravier a augmenté principalement due à l’énergie que François Martel y a mis. Étant lui aussi pilote, il s’est développé une passion pour cette piste en particulier et l’a visitée à plusieurs reprises par voie terrestre et aérienne. François a investit une grande quantité de son temps personnel pour l’améliorer, contribuer à son entretient, et a entrainé avec lui d’autres vaillants pilotes pour lui prêter main forte (Patrick, Pierre et Luc pour en nommer quelques-uns).

La première fois que j’y ai volé, je n’ai pas osé poser les roues. J’étais aux commandes du Cessna 170 d’un ami, avec mon fils de 16 ans. Nos plans étaient d’y atterrir pour manger notre sandwich Subway, et explorer un peu les environs. J’ai fais une approche de précaution pour regarder la condition de la piste, qui me paraissait bien. C’était venteux et en courte finale, je trouvais que ça avait trop l’aire d’un corridor pour atterrir. J’avais très peu d’espacement de chaque côté de mes ailes pour éviter d’accrocher les arbres. Moindrement que le vent me poussait, je pourrais heurter les arbres avec l’une de mes ailes et avoir une moins bonne fin à ma journée. Étant à environ 100km du village le plus près, ça aurait été plutôt désagréable comme voyage de camping improvisé, en supposant qu’on ne se blesse pas. Donc, ce jour-là, nous avons mangé notre Subway assis confortablement à une table de pic-nique à Ottawa, Rockcliffe.

Avril 2021 en Cessna 150, à côté de la piste.

En avril 2021, j’y suis retourné en Cessna 150, seule à bord, pour y rencontrer un petit groupe de pilotes qui allait y faire une visite pour la fin de semaine question de faire une corvée d’entretient.

Je tiens à souligner que j’admire tout le travail de ces quelques passionnées. C’est grâce à des gens comme eux que l’aviation générale est ce qu’elle est. Que nous avons une communauté vive qui offre des opportunités d’activités sociales variées (il faut d’autant plus d’imagination en ce moment pour respecter les mesures spéciales).

C’est toujours un plaisir de voler dans les airs juste pour le plaisir. Mais après un certain temps, ce sont des « missions » qui nous gardent intéressés. Ces missions qui continuent de nous motiver à rester vifs, à vouloir se dépasser, à continuer de se garder à jour malgré les différentes embuches qui peuvent se pointer sur notre parcours. J’irais même jusqu’à dire que ça nous motive à rester en santé pour renouveler notre fameux certificat médical. En général, on se tanne vite de faire des circuits et d’aller dans la zone de pratique (plus ou moins 10-15 NM de l’aérodrome de départ).

Donc, pour l’espace d’un après-midi, je me suis envolée à partir de Gatineau en direction de la piste Nilgaut pour passer un peu de temps avec amis, les distances sociales adéquates facilement atteignables. Du temps passé dans le milieu de la forêt où aucun bruit de la ville ne se rends.

J’y avais apporté ma chaise de camping et mon dîner. Mais c’est plutôt un tour guidé des lieux que j’ai pu apprécier avec Patrick qui avait déjà fait un bon travail d’exploration, et ensuite un peu de travail manuel pour éclaircir la piste des arbres tombés ici et là.

La recette pour ranimer une piste abandonnée semble demander…

  • Une bonne dose d’amour de passionnés qui se développent un intérêt profond pour l’endroit;
  • Du temps, beaucoup de temps pour y aller, y retourner, et y aller encore par voie aérienne mais aussi terrestre;
  • Visiter les lieux, prendre des photos, récolter de l’information et la partager avec enthousiasme;
  • Répéter ces étapes pendant assez longtemps pour qu’un réel engouement entre aviateurs se développent.

Quant à moi, l’intérêt était facile à developper. J’adore les pistes moins fréquentées et plus sauvages où il est encore possible d’y respirer de l’air frais et avoir un contact avec la nature moins apprivoisée. Essayer l’espace d’un court moment de revivre à petite échelle ce que les pionniers d’il y a presque 100 ans ont vécus comme aventures lorsque les pistes asphaltées n’avaient même pas encore été imaginées.

J’ai reçu une invitation de mon ami Patrick pour retourner une deuxième fois en avril 2021 à la piste Nilgaut. Une invitation que j’ai acceptée avec plaisir. Cette fois-ci, aucuns travaux à l’horizon, juste un moment relaxe à profiter d’un pic-nique en plein-air. Deux autres avions se sont joint à nous pour cette rencontre impromptue.

Patrick est un pilote de brousse bien expérimenté et à fait plusieurs longs voyages à bord de son Cessna 172, entre autre dans le grand nord du Québec à Kuujjuaq. Il a d’ailleurs une bonne plume pour raconter en détails ses récits d’aventure. Je vous invite à consulter le forum sur pilotes.quebec pour les lire. Donc, c’est sans trop de surprises que j’ai retrouvée à mon arrivée à l’aéroport de départ son avion sans banc arrière et chargée de plein de trucs « au cas où » telle qu’une trottinette à essence. Mon petit sac de survie léger format Cessna 150 avait l’air quelque peu ridicule face à son équipement!

Pic-nique entre amis, avec distance sociale, lors de ma deuxième visite en avril 2021.

Quand on atterrit à de telles pistes, vaut mieux être plus équipé que pas assez. Dans la mesure que le masse & centrage et le poids maximal pour les conditions de piste le permettent. Le gravier au sol étant plutôt « mou », je considère prudent d’ajouter une bonne marge de manoeuvre à la distance prévue de décollage. 3000′ de piste en gravier mou avec des arbres à chaque bout peut devenir assez court. Bien connaitre les performances de notre avion est un atout important comparé à une piste asphaltée équivalente.

Lors de ma première visite avec atterrissage à la piste Nilgaut en avril, Patrick et moi avions planifié prendre des photos et vidéos du haut des airs des travaux d’aménagement qu’ils avaient fait durant la fin de semaine. Malheureusement, à cause de notre poids (Patrick tu n’es pas le problème!), des performances de l’avion et la surface de piste causant de la trainée significative avec le gravier « mou », j’ai dû avorter le décollage. Voici le vidéo que Patrick a fait:

Si un pépin survient au sol, mieux vaut être équipé pour un minimum de confort en attendant de l’aide. Je voyage toujours avec un Spot qui me permettrait d’envoyer un signal d’aide à mon mari en cas de besoin non-urgent, ou d’aide urgente aux services de secours. Présentement, mon Spot est réglé pour transmettre aux 10 minutes ma position, ce qui permet à mon mari de me suivre en temps réel sur une carte.

Moi devant l’un des chalets de chasse. Dommage que la porte soit barrée à clef. L’intérieur est loin d’être luxueux mais tout à fait utilitaire.
Patrick et moi en mode exploration aux abords de la piste Nilgaut. Quelques restants d’abris de chasse laissent leur trace.

Il y a aussi à une courte distance de marche de la piste, plusieurs chalets de chasse qui pourraient être utilisés en cas de besoin. Elles sont barrées avec un cadenas, mais en cas de survie, je n’hésiterais pas à trouver une façon d’y entrer de force.

Il existe plusieurs autres pistes du genre que j’ai hâte d’explorer! Vous pouvez aussi consulter mon récit de mon voyage de camping à Casey avec mon fils et ma visite au Parc Safari avec ma fille, tous les deux à des pistes non-répertoriées ou abandonnées (du moins au moment de l’écriture de ce récit!).

12 thoughts on “Ranimer une piste abandonnée – Lac Nilgaut

  1. Salut Nathalie,

    Très bon article, très intéressant de découvrir ce qui ce passe dans l’aviation général surtout avec des gens passionnés comme nous.
    On serait intéressés à découvrir cette piste cet été, le temps et la météo le permettant. Il nous faudrait les coordonnées.
    Au plaisir de te revoir bientôt!

    1. Merci Nicole! J’ai mis le lien vers la publication sur pilotes.quebec de Patrick où il est met beaucoup plus d’information sur cette piste, dont les coordonnées GPS. Je te redonne le lien ici: http://pilotes.quebec/forum/viewtopic.php?f=2&t=21822&hilit=nilgaut
      Faut savoir où regarder, elle n’est pas facile à repérer du haut des airs. Je préfère approcher plus haut que plus bas pour m’aider à la voir.
      Au plaisir aussi de te revoir bientôt!

  2. Bonjour Nathalie, 09-04-2021
    Excellent compte-rendu sur les pistes plus ou moins oubliées ou abandonnées et en particulier la piste Nilgaut (ou piste du lac Nilgaut). Tu as une belle plume.
    C’est effectivement un très bel endroit pour un pique-nique, une journée en nature, ou, pour les passionnés d’aéro-camping camper sous l’aile.
    François et moi avons eu le plaisir dernièrement de camper 2 nuits à la piste. Le soir, autour de feu de camp, le ruissellement des rapides du Ruisseau Nilgaut qui vient mêler son eau à celle de la Rivière Noire, à qqs centaines de pieds du seuil de la 01, fait agréablement entendre ses gargouillis au travers des branches de la forêt. Nous planifions y retourner à la fin mai pour une fin de semaine.
    J’attire l’attention de tes lecteurs sur le fait que la piste Nilgaut est à utiliser avec précaution. Comme tu l’as mentionné plus haut elle est difficile à apercevoir à l’approche car elle se trouve ‘’encaissée’’ dans la forêt dont les arbres ont une 30 aine de pieds ou plus de hauteur. Les bords de piste sont mous et on peut facilement s’enfoncer. De plus, à l’atterrissage, la hauteur des arbres force le point de touché plus loin vers le milieu de la piste. Le dégagement des côtés de la piste est de +|- 150 ’ à certains endroits.
    Merci Nathalie, à la prochaine,
    Patrick

    1. Merci Patrick pour le compliment et pour avoir pris le temps d’agrémenter de plus de détails les informations sur cette piste. Je suis d’accord, il faut la visitée avec précaution. J’espère pouvoir me joindre à vous pour du camping en mai.

  3. Wow, j’suis resté sans mot Nathalie en lisant ton article. Je te remercie pour les beaux mots à mon égare. L’aérodrome Nilgaut est une dynamique de groupe de pilotes avant tout et c’est grâce à Patrick que j’ai fait la découverte de cet piste. Je me suis donné comme mission de contribuer à ma façon à l’amélioration des aérodromes dans le secteur de l’Outaouais. Faire revivre des infrastructures aéronautique qui ont déjà servi n’est pas une chose facile mais pour le bien de notre communauté et celle à venir je suis d’opinions que nous avons tous à gagner. Cet piste nous fait sortir de notre zone de confort et apporte une expérience très différente d’une piste sur pavé. J’espère que cet initiative plairas à d’autres pilotes. En conclusions gros bravo pour ton article!!!

    1. Je n’ai aucun doute que tes efforts plaisent à plusieurs pilotes déjà! Contente que l’article t’ai plus. J’admire sincèrement le travail que tu fais, et je continuerai à suivre ton engouement!

  4. Un beau texte qui donne l’envie de s’y retrouver. Merci Nathalie de nous faire découvrir ces endroits comme la piste du Lac Nigault.

    Merci de ton approbation de pouvoir partager ce texte avec nos lecteurs de l’infolettre.

  5. Merci Nathalie, c’est un très bon article! C’est toujours fascinant de savoir qu’il y a des pistes d’atterrissage cachées ici là dans notre forêt boréale…

    Très beau site web aussi! Bravo!

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