Réflexion sur la valorisation des personnes en formation au pilotage

En aviation, on nous transmet des principes fondamentaux: prendre la parole, questionner les normes qui compromettent la sécurité et protéger les personnes avant l’ego.
Cet article traite d’un sujet qui me tient à coeur et qui occupe une grande partie de mes pensées.
En août 2018, j’ai obtenu ma qualification d’instructrice de vol et j’ai depuis enseignée avec passion à de nombreux étudiants et nombreuses étudiantes. J’ai exercée pendant 4 années à temps. plein le métier d’instructrice. Des années où ma vie sociale en dehors du travail est tombé presqu’à zéro, travailler 2 semaines en ligne, voir plus, sans congé parfois 12 heures et plus par jour. Jongler la famille avec les préparatifs de l’enseignement – non rémunéré. Passer 12 heures et plus à l’école (8am à minuit) pour être payé au total 6-8 heures au mieux. Travailler à +35 comme à -35 degrés Celsius. Constamment penser à mes étudiants et mon horaire pour être créative comment je peux gérer les attentes et combler les trous que la météo, les défectuosité mécaniques et les annulations de dernières minutes crées dans mon horaire. Pour tenter au mieux d’optimiser mes revenus. Au meilleur de ma créativité et mes talents : 35 000$ par an à travailler sans arrêt. Surtout les jours fériés, les soirs et les fins de semaine où les étudiants préfèrent voler.
Pour se rendre à exercer le métier d’instructeur, tu dois d’abord devenir pilote professionnel. On parle ici de 100 000 – 150 000$. La qualification instructeur coute un autre 12-15 000$ dépendant de l’endroit, l’avion, et l’apprentissage.
À travers le Canada, certaines écoles de pilotage sont bâties sur des valeurs de qualité, de communauté et de passion pour l’aviation. Ces milieux ont suscité un profond attachement chez de nombreux employés, passés et présents, qui s’y sont investis avec engagement. Ce que j’observe aujourd’hui n’est pas propre à une seule école, mais reflète une réalité plus large du milieu de la formation en aviation.
Ce que nous avons tous en commun – élèves, membres et employés – c’est l’amour de voler.
Ce qui distingue les employés de ceux qui participent comme clients ou membres, ce n’est pas une passion plus grande, mais d’avoir fait le choix d’aller plus loin. Nous avons choisi de transformer cette passion en travail. Nous avons choisi d’y consacrer notre temps, notre énergie et une part importante de notre vie professionnelle.
Pour beaucoup d’entre nous (je parle surtout en tant qu’instructrice de vol), ce travail est avant tout une oeuvre de passion. Ce n’est pas un travail qui rend riche. Bien souvent, il permet à peine de joindre les deux bouts. Et pourtant, nous sommes présents – avec rigueur, professionnalisme et le sourire. Nous offrons le meilleur de nous-mêmes afin que d’autres puissent apprendre, progresser et s’épanouir dans cette passion commune pour l’aviation. Cette passion devrait être mieux rémunérés pour que même passionné, il soit possible de gagner sa vie et vivre honorablement.
La formation au pilotage n’est pas l’oeuvre d’un seul rôle. C’est un effort collectif.
Les instructeurs de vol portant la responsabilité de transmettre des compétences, du jugement, de la discipline et une prise de décision sécuritaire – souvent sous pression. Les répartiteurs assurent la disponibilité des aéronefs, la documentation, la planification et la fluidité des opérations quotidiennes. Les préposés à la rampe contribuent directement à la sécurité par la gestion des aéronefs au sol et la vigilance opérationnelle. Le personnel administratif assure la continuité de l’organisation – conformité, finances, communications et stabilité. Les chefs-instructeurs et instructeurs superviseurs ont la responsabilité de l’encadrement, du mentorat, de la standardisation et de la culture de sécurité.
Chaque rôle compte.
Chaque rôle contribue à la sécurité.
Chaque rôle mérite le respect.
L’instruction en vol ne se limite pas à enseigner des manoeuvres. Elle repose sur la responsabilité, le jugement, le mentorat et la sécurité. Elle exige une présence humaine, une intégrité professionnelle et un profond respect pour les personnes assises dans les différents sièges qui composent l’aviation – au sol comme en vol.
Derrière chaque leçon, chaque réservation, chaque premier solo ou licence obtenue, il y a une équipe. Il y a de la préparation non rémunérée, du stress porté en silence, une grande responsabilité professionnelle et une vigilance constante en matière de sécurité.
Ce que je décris ici n’est pas propre à une seule école de pilotage. Des réalités semblables existent dans de nombreux organismes de formation. La vérité est simple : la manière dont les employés – en particulièrement ceux responsables de la formation et des opérations – sont valorisés doit changer.
Lorsque les employés se sentent ignorés, peu soutenus, remplaçables et bafoués, cela affecte bien plus que le moral. Cela touche la rétention, la continuité de la formation, la qualité des décisions et ultimement, la sécurité. Comme Stephen Covey a si bien dit : “When trust goes down, speed goes down and costs go up.”
Lorsque les employés sont respectés, traités équitablement et reconnus comme des professionnels, la qualité de l’instruction s’améliore – et la culture de sécurité aussi.
Des millions de personnes sont prêtes à acheter du café équitable. Une large campagne publicitaire nous a ciblé il y a quelques années pour nous venter les mérites. Le salaire minimum est une loi Canadienne. Pourtant, nous acceptons que des individus hautement éduqués avec des responsabilités critiques soient sous rémunérés. Certains devant travailler 7 jours sur 7, ou avoir un deuxième emploi pour payer le minimum des necessités de la vie.
Cette lettre n’est pas écrite par colère. Elle est écrite par soucis – et par sens des responsabilités.
Par souci pour un milieu qui compte profondément pour moi.
Par souci pour une profession qui porte une immense responsabilité.
Par souci pour l’avenir de la formation au pilotage.
Il s’agit donc d’un appel à l’action – simple, mais nécessaire.
Si ce message vous interpelle, partagez-le. Discutez avec d’autres élèves, instructeurs, employés ou amis du milieu de l’aviation. Utilisez votre voix, votre position ou votre influence – aussi modeste soit-elle – pour encourager un traitement respectueux, professionnel et équitable de ceux et celles qui consacrent leur vie professionnelle à la formation au pilotage. Partagez vos idées de solution. Partagez votre expérience lorsque vous avez appris à piloter, ou si vous évoluez encore dans une école, vos expériences passées et présentes avec des instructeurs de vol. Élevons notre voix pour signifier que c’est plus que « juste » un(e) instructeur(trice). C’est un(e) professionnel(elle) qui dédie énergie, temps, ressource à l’éco-système contribuant à la sécurité de tous. Qui contribuent à l’aviation générale.
Rester silencieux, même sans le vouloir, revient souvent à accepter.
Et accepter permet à des pratiques malsaines de perdurer.
Si vous souhaitez partager vos réflexions, expériences ou commentaires, vous êtes invités à le faire. Vous pouvez laisser un commentaire public afin d’alimenter la réflexion collectice, ou me contacter en privé si vous préférez un échange plus confidentiel. Le dialogue fait partie intégrante de l’évolution des cultures.
Nous avons besoin les uns des autres.
Be the change you want to see in the world. – Mahatma Gandhi
Ne souhaitons-nous pas tous des cieux plus sécuritaires? Une instruction de qualité? Et un milieu où nos enfants – la prochaine génération de pilotes – grandiront dans une culture juste, professionnelle et respectueuse?
Nous sommes ici par amour de voler. Nous restons parce que nous y croyons. Prenons la parole aujourd’hui parce que ce que notre amour de l’aviation mérite attention – et courage.
One thought on “Réflexion sur la valorisation des personnes en formation au pilotage”